«Transférez la moxifloxacine au chapitre IV… »

07 décembre 2017

Le Pr Herman Goossens, vice-président du Belgian Antibiotic Policy Coordination Committee (BAPCOC), plaide en faveur du transfert de la moxifloxacine au chapitre IV et, dans la foulée, du remboursement intégral de la pénicilline. À l’en croire, la résistance aux antibiotiques risquerait à elle seule de coûter la vie à plusieurs millions de personnes d’ici à 2050.

© © Jerrie De Brie

C’est à l’occasion de la remise du tout premier titre de « Spécialiste de l’année », un prix organisé par notre publication-sœur le Journal du médecin/de Artsenkrant, que le Pr Herman Goossens (UA) a tenu son plaidoyer. « En fait, nous ne connaissons que deux pandémies : la grippe et la résistance aux antibiotiques », a-t-il déclaré d’entrée de jeu. « La grande différence, c’est que la première connaît des pics successifs, tandis que la seconde relève d’un problème de longue durée et qui ne cesse de s’aggraver. Une étude réalisée il y a peu nous permet de prédire dès à présent que, si nous ne parvenons pas à l’endiguer, la résistance aux antibiotiques fera 10 millions de morts d’ici à 2050. »

L’expert a également souligné que des interventions finalement modestes – à commencer par l’hygiène des mains – peuvent déjà faire un monde de différence. Non content d’évoquer les mesures mises en place et leur impact, il a également opéré une distinction en fonction du type d’antibiotique utilisé. À l’heure actuelle, il n’existe par exemple plus aucun produit de cette catégorie capable de combattre Klebsiella pneumoniae. S’il n’y a plus d’alternatives à certains antibiotiques, c’est toutefois aussi « en partie parce que le secteur pharmaceutique ne veut plus investir dans la recherche de nouvelles molécules dans un contexte où la prescription des produits de cette classe est déconseillée un peu partout », a encore constaté le Pr Goossens. Les questions du public laissent du reste à penser que les modalités d’une prescription judicieuse ne sont pas une évidence pour tout le monde.

Le problème est particulièrement aigu en Belgique parce que les dosages y sont aussi très importants – un état de fait qui s’explique par le fait que l’on a longtemps cru qu’une forte dose limitait le risque de résistances. De nouvelles données scientifiques tendent toutefois à infirmer cette thèse : dans les faits, le risque de résistance à certains produits serait le même quelle que soit la dose… et mieux vaut donc, somme toute, privilégier la plus faible.

Un autre problème est que les conditionnements d’antibiotiques disponibles dans le commerce sont beaucoup plus grands en Belgique qu’ailleurs et que, contrairement à ce qui se fait dans certains autres pays (dont les Pays-Bas), rien n’est prévu pour permettre aux patients de rapporter au pharmacien le reste de la boîte. « L’idéal serait que ces médicaments soient délivrés par comprimé, en fonction de la prescription », estime le Pr Goossens. « Dans ce système, le médecin ne prescrirait donc plus ces produits par conditionnement mais par pilule. Malheureusement, les pharmaciens freinent des quatre fers, car cela représente évidemment plus de travail pour eux. »

Herman Goossens voudrait toutefois aller encore plus loin. « Les prescriptions de moxifloxacine sont particulièrement fréquentes dans notre pays, alors qu’il s’agit d’un produit très cher. Si nous voulons combattre l’apparition de résistances tout en comprimant les coûts, elle pourrait parfaitement, à mon sens, passer en chapitre IV. Et on pourrait en profiter au passage pour rembourser intégralement la pénicilline. »

Désirée De Poot