Hospitalisation de jour : un excellent remède mais encore des effets secondaires…

07 décembre 2017

De plus en plus de pathologies peuvent être traitées en hospitalisation de jour et c’est une bonne chose, d’après Lieven Annemans, économiste de la santé. Même s’il y a quelques considérations et conditions à prendre en compte. Car opérer la transition vers l’hospitalisation de jour sans autre forme de préparation n’est pas une bonne chose.

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Nous rencontrons le professeur Lieven Annemans à la Foire du livre où il dédicace son livre : « Je geld of je leven » (votre argent ou votre vie). On y trouve pratiquement presque toutes les réponses à la question de savoir de quelle manière il convient d’organiser l’évolution de l’hospitalisation de jour pour que tout le monde y trouve son compte », affirme-t-il. « Car ce type d’hospitalisation va devenir une option qui sera non seulement intéressante, mais également désirable. Les possibilités techniques se sont fortement améliorées ces dernières décennies, les connaissances médicales ont progressé et le patient guérit plus vite s’il peut le faire dans son environnement de confiance, à savoir : sa maison. »

Lorsque le professeur Annemans évoque les possibilités techniques, il parle en réalité de toute la gamme, du pré-opératoire jusqu’au post-opératoire en passant par l’opératoire. « Et en fin de compte, vous avez surtout un patient qui est davantage satisfait », estime-t-il.

Le positif s’arrête là. Car pour en arriver au patient davantage satisfait, un certain nombre de conditions doivent être remplies et un certains nombre d’obstacles doivent être surmontés les prochaines années. Et ce sont des obstacles de taille.

« Commençons par les soins à domicile », lance Lieven Annemans. « Ce domaine a connu une énorme évolution au cours des dernières années. Mais si vous voulez prendre en charge des patients en hospitalisation de jour, vous devez dès lors disposer d’infirmiers hautement spécialisés qui peuvent se rendre au domicilie. Compte tenu de ce que le personnel infirmier à domicile gagne actuellement, il est impossible d’y parvenir. Partant, la première condition est la suivante : des infirmiers mieux formés et mieux rémunérés que maintenant. »

D’après le docteur Annemans, payer par prestation dans le cadre d’une hospitalisation de jour n’est pas une bonne idée. Le forfait par pathologie pour une période déterminée reste son cheval de bataille, ce qui a pour effet d’éviter les soins superflus. « J’ai déjà avancé cet argument pour les admissions planifiables à l’hôpital », déclare-t-il. « Et je souhaite l’étendre aux soins à domicile. L’hospitalisation de jour et les soins à domicile qui suivent sont presque toujours planifiables. Donnez un montant fixe et correct pour une période déterminée. Le kiné non pas par séance, mais ce qui est nécessaire en fonction des faits. L’assistance du personnel infirmier non pas à chaque fois que l’infirmier vient mais un forfait sur la base de ce qui est ressorti de l’analyse comme étant nécessaire. Assurez-vous que la compensation financière soit à la hauteur et correcte. Déterminez un montant forfaitaire par période en fonction de la pathologie. »

Le docteur Annemans veut même aller plus loin. « À partir de l’année prochaine, les hôpitaux seront progressivement payés en partie sur la base de la qualité qu’ils proposent : rémunération en fonction de la qualité. L’expérience nous apprend que ce système donne les meilleurs résultats aux niveaux médical et économique s’il est utilisé du moins dans le cadre de l’hospitalisation (de jour) ou, au besoin, du service et pas au niveau individuel des médecins. Celui qui affirme que ce système incite les médecins des hôpitaux à débouter les patients à risque, a probablement raison en ce moment. Cela dit, lorsqu’ e-Health sera fonctionnel, et l’on travaille dessus, il y aura tant de paramètres dans ce système qu’il sera possible de prédire avec une exactitude presque totale ce dont un patient a besoin et à quel moment afin de pouvoir récupérer dans de bonnes conditions.

Cliniques de jour privées

Si de plus en plus de pathologies peuvent être soignées en hospitalisation de jour, il semble évident que les cliniques de jour privées vont également prendre le train en marche. En soi, c’est assez clair pour le professeur Annemans. Plus encore. « Je ne considère pas non plus ceci comme un problème. Si au moins deux conditions essentielles sont garanties. La qualité et la sécurité sont primordiales. Ces deux aspects doivent être naturellement aussi bons que dans les hôpitaux publics. Les cliniques de jour privées doivent également atteindre un niveau de qualité donné. La deuxième condition est le paiement. Il n’est pas concevable qu’un patient doive payer plus dans une clinique privée que dans un hôpital dans le cas d’un traitement nécessaire et remboursé. Comprenez-moi bien : pour le traitement. Car en ce qui me concerne, les hôpitaux privés et publics sont sur la même ligne : la prise en charge doit être la même partout au niveau qualitatif, à savoir que ce niveau doit être élevé. Je trouve inacceptable qu’un patient dans un hôpital ou un autre doive payer plus qu’ailleurs pour un traitement nécessaire de la même nature. Cela ne veut pas dire que ça ne peut pas coûter plus au patient. Toutefois, ce prix plus élevé ne peut pas être dû à la qualité des soins mais bien à certaines demandes du patient telles que le luxe. »

Le docteur Annemans tient ce discours auprès de tous les hôpitaux, et ce précisément le jour où les journaux s’opposent à la constatation selon laquelle les chambres individuelles deviennent plus chères d’année en année. « Un médecin qui traite un patient en chambre individuelle ou en chambre commune devrait être rémunéré de la même manière. Par ailleurs, je continue à répéter mon discours du passé : d’après moi, le médecin peut bénéficier d’un salaire très élevé. Il a étudié pour cela et il assume de lourdes responsabilités au quotidien. Ses honoraires doivent être attractifs car il serait impensable qu’il ait à compléter son salaire avec des activités inutiles ou avec des suppléments que le système rend confus comme c’est déjà souvent le cas. Mais pour y arriver, le système des honoraires, la nomenclature, doit être réformé, comme il est d’ailleurs stipulé dans l’accord de gouvernement. »

Et quid des médecins qui ne sont pas conventionnés ? Le professeur Annemans s’en amuse : « si vous rendez les honoraires des médecins suffisamment attractifs, la tendance à ne pas être conventionné diminuera. C’est précisément pour cette raison que je plaide pour une réforme de la nomenclature ».

Assurance hospitalisation

Parler d’hospitalisation de jour, de coût et de remboursement nous amène automatiquement aux assurances hospitalisation. La transition du séjour résidentiel en hôpital à l’hospitalisation ambulante de jour est probablement une bonne nouvelle pour le budget de la santé mais pour le patient, la note sera plus salée. Dans beaucoup d’assurances hospitalisation, l’hospitalisation de jour n’est d’ailleurs pas reprise dans la police.

« Une réforme prend également tout son sens ici et je plaide pour aller dans cette direction depuis longtemps. Les soins essentiels seraient totalement couverts par l’assurance maladie obligatoire. Tout ce qui est « evidence based », nécessaire et efficace par rapport au coût doit tomber sous le champ de la couverture de l’assurance maladie obligatoire. En ce qui me concerne, il n’y a que deux exceptions : les patients qui optent eux-mêmes pour un traitement expérimental pour lequel les conditions précitées ne sont pas encore remplies et qui peuvent se le permettre sans que l’assurance maladie n’entre en jeu. À ce niveau-là, ils peuvent se faire assurer par une assurance privée. Par ailleurs, tout ce qui est lié au luxe au niveau du matériel, n’est pas couvert par l’assurance maladie obligatoire. Une chambre individuelle ? Aucun problème. Via une assurance supplémentaire un patient peut bénéficier de mètres carrés supplémentaires et, si besoin est, profiter d’un environnement encore plus luxueux. Il payera dans ce cas pour le luxe mais ne payera pas de supplément supérieur aux honoraires des médecins. Une personne qui a plus d’argent n’a pas pour autant droit à de meilleurs soins. »

Désirée De Poot