« Les hôpitaux ne peuvent pas rester seuls sur leur île »

19 avril 2018

On pourrait parler par euphémisme de « nouveaux défis »… mais quelle que soit la terminologie utilisée, le fait demeure que le paysage hospitalier a connu au cours de l’année écoulée une évolution fulgurante. Comme en 2017, ING a décidé de participer à un exercice de réflexion collectif sur la question, en collaboration avec plusieurs leaders d’opinion, chacun expert dans son domaine – une initiative qui a débouché, au travers du concept du « health prospectING », sur une nouvelle étude réalisée par Antares Consulting. Eduard Portella d’Antares a accepté de clarifier et de commenter pour nous un certain nombre de conclusions.

Que le paysage hospitalier belge se transforme à vive allure, nous le savions évidemment déjà. « Il est certain que, dans les pays qui nous entourent, la santé connaît aujourd’hui un grand nombre de changements, et ce à un rythme que nous n’avions encore jamais vu auparavant », commente Eduard Portella. Dans tous les pays d’Europe se développent ainsi des réseaux affichant une configuration plus holistique… alors qu’en Belgique, les réseaux hospitaliers se focalisent encore exclusivement sur les établissements de soins.

Le think tank est persuadé du bienfondé du travail en réseau, garant de la continuité des soins. Dans l’état actuel des choses, il subsiste toutefois un certain nombre de problèmes extrêmement complexes qui vont devoir être résolus, ce qui ne pourra se faire que moyennant un bon cadre réglementaire. Les experts ont donc formulé une série de recommandations aux niveaux macro, méso et micro ; il sera notamment nécessaire que les hôpitaux, le secteur médical et le secteur social apprennent à travailler ensemble et que les premiers ne restent plus isolés sur leur île. Mais n’est-ce pas une utopie dans un pays où chaque échelon ou presque est financé par une source différente ?

Continuité et soins intégrés

« L’objectif des réseaux est de pouvoir garantir la continuité des soins et de proposer une prise en charge intégrée, et le monde politique a d’ailleurs fait de ces aspects une priorité », précise Eduard Portella. « Lorsque nous affirmons par métaphore que les hôpitaux sont en quelque sorte des archipels isolés, c’est d’une part par opposition avec la situation actuelle où chaque établissement est seul sur son île, mais aussi pour souligner que les réseaux hospitaliers tels qu’ils sont envisagés en Belgique – où ils se composent exclusivement d’institutions – ne suivent pas la même logique que dans d’autres pays. Si nous voulons proposer des soins intégrés, en assurer la continuité et développer des alternatives à l’hospitalisation résidentielle, ces réseaux hospitaliers « archipels » ne sont toutefois pas suffisants. Il faudrait y incorporer bien d’autres éléments : les structures de convalescence, les ressources de moyen/long séjour, mais aussi le secteur médico-social. Mettre tout cela en place ne sera pas facile, d’autant que la coexistence de divers régulateurs et sources de financement ne simplifie pas les choses. Nous allons donc devoir mettre en place les conditions nécessaires pour aligner les objectifs de tous vers un but commun. »

Eduard Portella n’est pas pour autant opposé aux réseaux hospitaliers tels qu’ils existent à l’heure actuelle. « Les réseaux locorégionaux vont certainement aussi générer des effets positifs, avec une concentration des compétences et des institutions beaucoup plus fortes qui seront capables de mettre sur pied des projets innovants. La concentration des activités permettra d’en accroître la qualité et de parvenir à une spécialisation plus poussée, le partage des services d’en améliorer l’efficience, etc. »

Un projet en pleine croissance

Les réseaux hospitaliers belges n’en sont encore qu’à leurs débuts, mais le projet prend très rapidement de l’ampleur. Que peut-on en attendre en bout de course ? Cette évolution va-t-elle modifier notre position vis-à-vis des autres pays ?

Eduard Portella est en tout cas convaincu que les graphiques auront déjà beaucoup changé dans quelques années. « La question que nous devrions nous poser est de savoir si le chemin que la Belgique a choisi d’emprunter est bien le plus pertinent à la lumière de l’expérience des autres pays. En définitive, c’est aussi un peu le but du rapport Health ProspectING : apprendre des autres et enrichir notre réflexion grâce aux expériences de nos voisins. »

La réforme des hôpitaux est certes bien engagée mais encore loin d’être terminée, et la probabilité qu’elle le soit d’ici aux prochaines élections est à peu près nulle. Quid si elle s’embourbe au cours de la législature suivante ? « La réforme des systèmes de santé est un travail de longue haleine où alternent des phases rapides et des moments d’évaluation, de réflexion et de nouvelles décisions. Il est question ici d’une réforme structurelle extrêmement importante qui colle mal avec le calendrier législatif, et c’est effectivement l’un des problèmes. »

Désirée De Poot

Kangourou ? Koala ?

Les soins maternels kangourou sont une alternative aux soins conventionnels des nourrissons. Ils consistent en 3 points principaux : le contact corporel (peau à peau) entre la mère et le nouveau-né, l’allaitement fréquent et (quasi-)exclusif et la tentative de sortie précoce de l’hôpital.

Les chambres « Kangourou » sont des chambres mère-enfant pour les grands prématurés et les prématurés. Les chambres « Koala » concernent les bébés moins fragiles (35-36 semaines, petit poids, naissance difficile…).

Le couple mère-enfant est entouré par l’équipe des sages-femmes, des infirmières de néonatalogie et des pédiatres qui prodiguent des « soins de développement ». Ceuxci visent à réduire le stress vécu par les bébés, à encourager la présence des parents, à soigner l’environnement (bruit, lumière, sommeil…), à comprendre le langage du bébé…