Néonatologie

Chambres koala-kangourou, le prix d’une non-séparation mère-enfant

19 avril 2018

Le 27 mars, le SPF Santé publique a organisé une journée sur les chambres koala-kangourou. Comment financer l’hospitalisation des mères et de leurs nouveau-nés fragiles ? Le Dr Yves Hennequin de l’Huderf a fait le tour de la question.

L’hospitalisation couplée mère-nouveau-né fragile améliore le développement des enfants à long terme. © © Belga Image

«En Belgique, on est un des rares pays où il y a un programme national de soins de développement. Il faut s’en rendre compte et remercier les autorités, fait observer le Dr Yves Hennequin (Huderf). L’hospitalisation mère-nouveau-né fragile est souvent un obstacle dans notre pays, aussi bien en soins intensifs (NIC), qu’en fonction N* ».

On vient d’une situation où la séparation entre la maman esseulée dans son lit et son enfant en néonatal était la routine, et c’est encore la réalité dans certains hôpitaux. « Pourtant, rappelle-t-il, la Charte de l’enfant hospitalisé précise qu’un enfant a le droit d’avoir ses parents, ou leur substitut, à ses côtés, jour et nuit, quel que soit son âge ou son état. Un autre point ajoute qu’on encouragera les parents à rester auprès de leur enfant et qu’on leur offrira toutes les facilités matérielles, sans que cela n’entraîne un supplément financier ».

Pour convaincre les gestionnaires et les décideurs de favoriser cette hospitalisation mère-nouveau-né fragile, il faut des arguments scientifiques et, aujourd’hui, ils ne manquent pas. Une revue Cochrane démontre, par exemple, l’importance des soins kangourous ; d’autres études illustrent le lien entre le fait d’avoir été porté en peau à peau dans l’unité de soins intensifs et l’amélioration du développement moteur à l’âge de 4-5 ans. « Vous imaginez à quel point cela peut avoir de l’importance pour l’efficience et la qualité des soins et pour la société : grâce à une prise en charge qui n’est pas pharmaceutique mais très humaine, on améliore le devenir d’un nouveau-né pour des années. C’est le premier point important : c’est un progrès ! »

Financement néonatal

En hospitalisation couplée mère-nouveau-né fragile, le bébé en N* est financé. « Pas très bien, concède le pédiatre, pas comme la neurochirurgie ou la néphrologie, mais c’est financé : on ne doit pas avoir de complexe à ce qu’un nouveau-né occupe une chambre de maternité avec sa mère, une fois que celle-ci n’est plus hospitalisée ».

« Les infirmières N*, dont on dit toujours qu’elles ne sont pas financées, elles le sont suivant le système : <1000 accouchements équivaut à 15 points, >1000 accouchements 17 points, + 3 points/150 accouchements. Comme 1 point vaut 26.817€ : si on veut payer un salaire moyen de 67.000 €, il faut 2,5 points. Une infirmière coûte donc 2,5 points. Ce qui signifie que pour une maternité de 1000 accouchements, le N* a droit à 7 équivalents temps plein. Si la maternité fait 20 lits justifiés, la maternité a droit à 12 ETP, y compris le quartier obstétrical. Ceci signifie que pour une maternité de 1000 accouchements, plus d’un tiers des soignants sont payés par des points du N* ».

Le texte de la loi de 1996 stipule que tout hôpital qui possède une maternité doit disposer d’une fonction néonatale N* (couvrant l’ensemble de la maternité) et d’une unité N*.

« Les nouveau-nés du N* n’existent pas : il n’y a pas de facturation, pas d’admission. Les actes INAMI de l’enfant N* sont facturés sur les actes de la mère. Après la sortie de celle-ci, un numéro est créé pour le nouveau-né qui reste à l’hôpital ».

Autre point important, les honoraires médicaux (deuxième source de financement de l’hôpital) : « Il faut savoir que les honoraires médicaux applicables en N*, sont applicables aussi bien dans l’unité N* que dans la fonction N*. C’est-à-dire dans toute la maternité : donc la surveillance d’un enfant N* par un pédiatre peut être faite dans des chambres autres que l’unité N* ».

« L’idéal, insiste-t-il, est donc des soins couplés durant le séjour de la mère en maternité : si elle nécessite des soins, c’est le gynécologue et la sage-femme qui interviennent, et, pour le bébé, c’est le pédiatre et l’infirmière N*. Quand la mère n’est plus hospitalisée, elle reste dans la même chambre avec son nouveau-né N* et devient ‘accompagnante’ ».

Binôme inséparable

En NIC, plus les soins sont intensifs, plus il y a une séparation entre la mère et le nouveau-né : « C’est très difficile de laisser la maman à côté de son enfant malade. Mais nous utilisons différents éléments pour faire en sorte que ces parents aient envie de rester, comme les programmes kangourou, l’intégration dans les soins de développement (programme Fine, Nidcap…), l’architecture… »

En parlant d’architecture, le Dr Hennequin ajoute : « On nous a toujours fait croire que plus un service était petit, moins il coûtait cher à l’hôpital. Et puis, ‘petits enfants, petit service’ ! Or, si on regarde le BMF, dans la sous-partie A1 (construction, rénovation), quand un service NIC a une grande surface en m2, c’est de la surface clinique mieux subsidiée. Donc, quand on reconstruit un service néonatal, on a intérêt à avoir des chambres NIC de taille familiale, avec des surfaces par nouveau-né comparables aux chambres adultes ». Ce principe s’applique aussi pour la sous-partie B1 (frais d’exploitation).

Suppléments ?

« Faire payer des suppléments d’accompagnement aux parents est éthiquement et légalement très discutable, estime-t-il. Cela constitue probablement un obstacle de plus à leurs présence. La pression est importante actuellement pour faire payer par les parents leur séjour auprès de leur enfant. En service de pédiatrie, les suppléments d’honoraires sont interdits quand l’enfant est accompagné par un parent. Mais la règle a été assouplie : les suppléments sont possibles si les parents demandent expressément une chambre individuelle ».

A l’avenir, l’hospitalisation mère-nouveau-né fragile nécessite un statut clair : « C’est-à-dire pas une mère qui devient ‘accompagnante’, pas un enfant qui n’a pas de statut administratif… L’idéal serait donc de prévoir un financement sous conditions, c’est-à-dire que la mère et l’enfant auraient un statut où le financement se ferait en fonction de la présence et de l’intégration des parents dans les soins de développement, dans le peau à peau de longue durée et dans la sortie précoce structurée ».

« Dans nos pays développés, on devrait pouvoir y arriver puisque dans les pays en voie de développement, avec d’autres problèmes économiques et d’autres situations médicales, ils y sont arrivés ! », conclut le Dr Hennequin.

Cochrane, 23 août 2016.

Martine Versonne