IQVIA, l’innovation par les données

19 avril 2018

Il y a eu d’abord IMS Health et Quintiles, ensuite QuintilesIMS… et avec IQVIA, les entreprises fusionnées entendent bien marquer le futur de leur empreinte, forts de la conviction que l’innovation n’est possible qu’avec des données fiables. Entretien avec Frank Swaelens, nouveau directeur général de l’entreprise pour la Belgique et le Luxembourg, qui connaît bien le nouveau chemin qui mène aux soins de santé…

Pas besoin de chercher bien loin pour décoder la signification de l’acronyme IQVIA : « le I d’IMS, le Q de Quintiles et le « via » qui indique que leur fusion montre la voie vers les soins de demain », explique Frank Swaelens en riant. « Nous disposions déjà de toutes les données et connaissances relatives aux médicaments avec IMS Health, tandis que Quintiles se focalisait sur tout ce qui touche au secteur des produits et dispositifs pharmaceutiques, biotechnologiques ou médicaux, des essais cliniques au soutien commercial… mais en définitive, l’un ne va pas sans l’autre. Quand on dispose des données, des technologies, d’une connaissance du marché et de l’expertise nécessaire, on peut suivre le cycle de vie du médicament de bout en bout et donc aussi esquisser les évolutions futures. »

« Avec IQVIA, nous voulons montrer aux firmes pharmaceutiques où se situent les lacunes. Contrairement à ce que l’on s’imagine parfois, ces entreprises n’ont en effet pas de vue globale du marché et elles ne sont pas non plus en mesure de l’acquérir par elles-mêmes. Chez IQVIA, nous avons au contraire toutes les cartes en mains : la fusion intervenue en 2016 entre IMS Health et Quintiles était donc le mariage idéal ! »

Les données et connaissances ne suffisent toutefois pas, à elles seules, pour donner une direction – IQVIA elle-même en a bien conscience. « C’est pour cette raison que nous avons créé une nouvelle catégorie, baptisée human data science. Il y a d’une part les données humaines (human data), qui doivent nous renseigner sur l’homme malade mais aussi sur l’homme en bonne santé, et d’autre part les données scientifiques (data science). Ensemble, elles doivent nous mener vers l’human data science, qui nous permettra de réaliser des percées scientifiques. » L’industrie n’est du reste pas la seule à s’intéresser à ces données. « Le pharma n’est qu’un demandeur parmi d’autres : ce sont en réalité surtout les autorités, les mutuelles et les médecins qui ont besoin de ces informations. »

« Il existe dans le monde une formidable masse de données et de connaissances, mais nous omettons souvent de regarder au-delà de nos frontières… et c’est bien dommage, car cela revient à nous priver d’informations potentiellement très importantes. C’est vrai en particulier dans les essais cliniques, qui se basaient autrefois sur une quantité de données très limitée. Grâce à la contribution d’IQVIA, ils peuvent désormais s’appuyer sur 500 millions de données-patients complètement anonymisées mais parfaitement correctes, récoltées un peu partout dans le monde. »

Place to be

La Belgique revêt pour IQVIA une importance cruciale. « Elle accueille en effet de très nombreux essais cliniques pour le plus grand bénéfice des patients, qui ont ainsi accès beaucoup plus rapidement qu’ailleurs à des médicaments innovants qui permettront souvent de prolonger voire de sauver leur vie. De plus, on y trouve de nombreux leaders d’opinion de premier plan. La combinaison de ces deux facteurs fait de notre pays un acteur-clé de l’évolution médicopharmaceutique. »

Il y a quelques mois, IQVIA s’est toutefois retrouvée dans la tourmente, lorsque la presse a révélé que les hôpitaux étaient payés par IMS Health pour partager leurs données. « Il y a eu à l’époque tout un amalgame qui ne correspond pas du tout à la réalité », souligne Frank Swaelens. « De nouveaux contrats ont dû être signés suite à l’entrée en vigueur de la GDPR. Ils ne différaient pas fondamentalement des anciens, rédigés conformément aux exigences de la commission vie privée et toujours, sur tous les plans, dans le respect de la vie privée des patients. Et même plus que cela, en ce sens que nous n’avons jamais su qui était la personne derrière un chiffre donné – jamais ! Les données sont anonymisées à un point tel qu’il est impossible d’identifier l’individu concerné, même avec des recherches intensives. Notre critère réside dans la réponse à une question : si ces données étaient les miennes, est-ce que je serais capable de m’y reconnaître ? La réponse doit être un « non » sans équivoque. »

Après les missives dans les médias et les remous qui ont suivi, IQVIA s’est d’ailleurs vu donner raison sur toute la ligne. Si l’incident a fait du tort à l’entreprise ? « Pas vraiment, non », repond Frank Swaelens. « Par contre, cela nous a forcés à tout mettre à l’arrêt pour plusieurs semaines, avec à la clé un retard colossal que nous n’avons toujours pas complètement résorbé. Nous avons réagi immédiatement après les faits, mais la presse ne l’a pas relayé… Nous avons donc consacré toute notre énergie à aller tout expliquer en face à face dans les hôpitaux. Il était en effet capital qu’ils signent les documents pour le GDPR, et certains voulaient que nous leur expliquions tout dans les moindres détails – ce qui ne nous pose du reste aucun problème. »

L’opinion publique belge a manifestement eu du mal à digérer l’aspect financier de l’affaire. Frank Swaelens se met à rire. « Saviez-vous que la Belgique est l’un des rares pays où nous mettons la main au portefeuille pour avoir accès à ces données ? Partout ailleurs, les hôpitaux sont ravis de les mettre gratuitement à notre disposition, parce que cela leur permet d’organiser plus facilement des essais cliniques et que leurs patients ont donc plus rapidement accès aux traitements innovants. Les essais cliniques ont des avantages pour toutes les parties : le patient, le médecin et les autorités. Si nous payons en Belgique, c’est justement parce que, pour les raisons évoquées plus haut, notre pays est important pour les firmes pharmaceutiques. »

Frank Swaelens tient donc beaucoup à ce que la Belgique ne perde pas sa position de tête. « Sans vouloir jouer les rabat-joie, c’est un risque bien réel si elle ne fournit pas de données, et ce serait vraiment une très mauvaise chose pour notre pays… »

Désirée De Poot