Le développement durable dans le secteur des soins de santé…

13 septembre 2018

Début juin, le castel de Pont-à-Lesse accueillait les traditionnelles journées d’étude de Santhea. Au programme, notamment, le développement durable dans le secteur des soins de santé. Il a bien entendu été question d’écologie et d’environnement. Pas contre la rentabilité hospitalière mais bien en accord avec celle-ci.

Health Care Without Harm (HCWH) est une ONG regroupant des institutions européennes, majoritairement des hôpitaux. Son but ? Porter la voix des professionnels de la santé aux oreilles des décideurs européens autour de divers problèmes écologiques : les effets du changement climatique sur la santé, l’éco-construction, ou encore la mise en place d’un système durable au niveau de l’approvisionnement en médicaments, en nourriture. « Le but est également d’éduquer les acteurs de la santé en leur montrant de bons exemples de management durable notamment », explique Timothy Eden, Development officer de l’ONG.

Des constats accablants

« À l’échelle mondiale, on sait qu’un quart de la charge mondiale de morbidité repose sur des facteurs environnementaux. Comme la pollution de l’air par exemple – un problème sur lequel nous travaillons beaucoup, particulièrement en Belgique », explique l’anglophone qui habite la capitale. « La pollution de l’air ne concerne pas que l’air extérieur, il concerne également l’air intérieur. Une mauvaise qualité intérieure a d’ailleurs des effets plus néfastes sur la santé que la qualité de l’air extérieur. »

L’empreinte écologique du secteur de soins de santé est énorme. En Angleterre, par exemple, le NHS représente 25 % des empreintes carbone émises par le secteur public. Les causes sont multiples : incinération de déchets médicaux, mauvais choix managériaux, utilisation de produits toxiques, utilisation de technologies polluantes, etc.

Que faire ?

Le secteur des soins de santé peut réagir. « Nous avons beaucoup d’opportunités pour limiter les émissions de CO2 des institutions de soins. Qui, ici, fait des efforts pour diminuer ses émissions ? », questionne Timothy Eden. Deux mains timides se lèvent dans la salle sur la cinquantaine de personnes présentes. « Ce n’est pourtant pas une gageure. Par de petites actions, on peut grandement améliorer la situation. »

Petits actes, grandes conséquences

« Ces petits détails auxquels on porte attention ont l’effet le plus pérenne. Prenons le gaspillage alimentaire. Il est énorme et difficile à contrôler. Les patients sont difficiles à contenter, ils ont beaucoup de pathologies diverses. Néanmoins, on peut agir. En retravaillant les menus par exemple, histoire d’ajouter du goût. Laisser les patients commander eux-mêmes leurs plats. Ne pas les interrompre durant le temps dédié à la collation. Ou bêtement réaliser un bilan avec le patient afin de cerner ses attentes alimentaires. Autant de détails qui ont un effet considérable sur le gaspillage alimentaire. »

Autre exemple de bonne pratique en Angleterre. En 2012, l’opération TLC a été mise en œuvre par l’équipe de développement durable du Bart’s Health NHS Trust. « L’équipe a proposé des aménagements au niveau énergétique de l’hôpital », détaille Timothy Eden. « À l’aide d’une question simple ‘qu’est-ce qui est important pour vous ?’, elle a proposé des solutions simples : Turn off the equipment, Lights out et Control temperatures, d’où l’acronyme TLC. »

Le réseau a pu ainsi économiser 49.000 livres sterling (57.445 euros) en un an simplement en éteignant la lumière durant les périodes creuses, et en plaçant des stickers de rappel à côté des interrupteurs. Grâce à cette opération TLC, en deux ans, le réseau Bart’s Health a enregistré un tiers en moins de troubles du sommeil ainsi qu’une diminution de 38 % de demandes de patients pour changer la température des chambres, ce qui a permis d’économiser 1.900 tonnes de CO2 et 428.000 livres sterling soit 501.764 euros.

Laurent Zanella